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Adrienne Brunet – Artisane Doreuse Ornemaniste

Nettoyer une dorure à la feuille d'or, cadre ancien encrassé.

Nettoyer une dorure à la feuille d’or : comment procéder ?

Nettoyer une dorure semble à première vue une opération simple. Un chiffon, un produit, un peu d’application, et l’affaire est réglée. C’est du moins ce que suggèrent la plupart des articles que l’on trouve en cherchant sur le sujet : vinaigre blanc, blanc d’œuf, ammoniaque, alcool à brûler, cristaux de soude. La liste est longue, les conseils sont catégoriques, et sur une vraie dorure à la feuille d’or, ils sont redoutablement efficaces… pour l’anéantir.

Avant toute chose, il faut poser une question que ces articles n’abordent jamais : de quoi parle-t-on exactement ? Car si certains de ces conseils peuvent à la rigueur convenir à une bronzine ou à une peinture dorée du commerce, sur une vraie dorure à la feuille d’or, aucun d’entre eux ne serait acceptable. Les dégâts seraient souvent irréversibles. J’ai consacré un article entier à reconnaître une dorure à la feuille d’or et à la distinguer d’une bronzine. C’est le préalable indispensable à toute intervention, même légère.

Pourquoi nettoyer une dorure est un acte technique

Une dorure à la feuille d’or est un empilement de couches, chacune ayant un rôle précis et une sensibilité particulière. Sous la feuille d’or elle-même, qui mesure quelques dixièmes de micron d’épaisseur, se trouve l’assiette, une argile colorée mélangée à de la colle. En dessous, plusieurs couches de préparation à base de blanc de Meudon et de colle de peau de lapin. Ce sont ces colles animales qui posent problème : elles sont hydrosolubles. Un chiffon humide, une solution aqueuse, même très diluée, peut les réactiver, provoquer des décollements, des soulèvements, voire arracher la feuille d’or sur les zones fragilisées.

La dorure à la détrempe, dite aussi dorure à l’eau, est particulièrement vulnérable. C’est cette technique qui produit les dorures les plus brillantes, celles que l’on brunit à la pierre d’agate pour obtenir cet éclat profond caractéristique des grandes dorures anciennes. Et c’est aussi celle qui supporte le moins bien toute forme d’humidité. La dorure à la mixtion, dont je décris les spécificités dans l’article sur la différence entre mixtion et détrempe, est légèrement moins sensible à l’eau mais n’en reste pas moins fragile face aux solvants.

Nettoyer une dorure : le protocole d’un professionnel

Dans mon travail, nettoyer une dorure est une opération qui commence toujours par une phase d’observation et de diagnostic. Avant de toucher quoi que ce soit, j’examine l’objet à la lumière rasante, parfois à la loupe : quelle technique de dorure, quelle ancienneté, quelles interventions antérieures, quelle nature de l’encrassement. Est-ce de la poussière agglomérée ? Du noir de fumée ? Des dépôts de nicotine ? Des résidus de cire ou de produits ménagers appliqués par le propriétaire ? Des retouches à la bronzine qui masquent une dorure d’origine ? La nature de la crasse conditionne entièrement le choix des produits et des gestes.

Il n’existe pas de protocole universel pour nettoyer une dorure. Le C2RMF, centre de recherche et de restauration des musées de France, le rappelle dans ses fiches techniques : chaque intervention doit être précédée d’un examen diagnostique rigoureux. Pour un même objet, deux zones peuvent nécessiter des traitements différents si la dorure d’origine coexiste avec des retouches ultérieures, ce qui est très fréquent sur les objets du XIXe siècle. Un test préalable sur une zone peu visible est toujours réalisé avant toute application, quelle qu’elle soit.

La gamme des produits utilisée en restauration ne ressemble en rien aux recettes que l’on trouve sur les sites de décoration. Elle est large, technique, et varie selon la nature de l’encrassement, le type de dorure et l’état de l’objet. Certains nettoyages nécessitent un travail mécanique très fin, au coton-tige ou à la brosse souple, zone par zone, en prenant soin de ne pas toucher les parties fragilisées. D’autres requièrent une approche chimique maîtrisée que seule une connaissance approfondie des matériaux permet de conduire sans risque.

Les bons gestes au quotidien, et ceux qui font des dégâts

Le seul geste que l’on peut faire soi-même sur une vraie dorure à la feuille d’or, c’est le dépoussiérage à sec, avec un pinceau très souple aux poils longs, en effleurant sans jamais appuyer. Un pinceau à maquillage propre et neuf convient très bien. On prend garde aux ornements saillants et aux angles, qui sont les zones les plus fragiles et les plus exposées aux chocs.

Tout le reste est à proscrire. L’eau, le vinaigre blanc, les cristaux de soude, l’ammoniaque, les lingettes, les sprays multiusages, les produits « spécial bois », les cires du commerce : aucun de ces produits n’est adapté à une dorure à la feuille d’or, et certains peuvent causer des dégâts immédiats et définitifs. J’ai reçu en atelier un miroir dont le propriétaire avait voulu « redonner de l’éclat » avec un produit ménager. Le résultat est sans appel : la feuille d’or part, la préparation gonfle, et l’intervention qui aurait pu se limiter à un nettoyage professionnel se transforme en restauration lourde, quand elle est encore possible.

Pour les objets présentant une bronzine ou une peinture dorée du commerce, la situation est différente. Ces finitions sont moins fragiles à manipuler, mais elles vieillissent mal et s’oxydent inévitablement : aucun produit du commerce ne leur redonnera durablement l’éclat qu’elles avaient. C’est là une limite inhérente à ces matériaux, qui ne sont pas de la dorure à la feuille d’or. Et encore faut-il être certain de ce que l’on a devant soi. Sur tout objet doré, le doute suffit à justifier de s’abstenir et de contacter un professionnel.

Quand faire appel à un doreur pour nettoyer une dorure

Un nettoyage professionnel s’impose dès que la dorure présente un encrassement visible qui dépasse la simple poussière : noir de fumée, dépôts incrustés, résidus de produits, souillures d’origine diverse, zones ternies de façon hétérogène. Il s’impose aussi, et surtout, dès que l’objet présente des signes de fragilité : zones décollées, soulèvements, lacunes, craquelures, etc. Intervenir sur une dorure fragilisée sans en connaître l’état exact, c’est prendre le risque d’aggraver une situation qui aurait pu être stabilisée à moindre coût.

J’interviens régulièrement pour des nettoyages sur des objets qui n’ont parfois jamais reçu le moindre soin depuis des décennies. Des cadres, des miroirs, des meubles anciens qui ont traversé des générations sans que l’on sache vraiment quoi en faire, ni comment les traiter. Un nettoyage professionnel bien conduit, suivi des recommandations d’entretien courant adaptées à chaque objet, ne se contente pas de redonner à la dorure son éclat : il lui permet de traverser plusieurs décennies supplémentaires. C’est ce que prouvent les grandes dorures anciennes qui nous sont parvenues intactes, simplement parce qu’elles ont été respectées.

Enfin, on me demande souvent à quelle fréquence un nettoyage doit être effectué par un professionnel. Il n’existe pas de fréquence universelle puisque tout dépend de l’environnement de l’objet : une dorure exposée à la fumée d’une cheminée, à la graisse d’une cuisine, ou à un fort passage se salira bien plus vite qu’une dorure dans un salon peu fréquenté et tempéré. C’est pour cette raison qu’il n’y a pas de calendrier à suivre, mais une observation régulière à entretenir : dès que l’éclat semble terne, que la couleur paraît uniformément assombrie malgré un dépoussiérage régulier, c’est le moment de faire examiner l’objet par un doreur.

Ce qu’un nettoyage professionnel révèle parfois

Il arrive que le nettoyage d’un objet soit l’occasion d’une découverte. Sous des couches de crasse accumulées ou sous des retouches à la bronzine, une dorure d’origine peut réapparaître, en meilleur état qu’on ne l’espérait. J’ai ainsi nettoyé un cadre Louis XVI pour M. et Mme D., à Angers, dont la surface semblait uniformément ternie et sans relief. En procédant par zones, avec les produits adaptés, j’ai progressivement dégagé une dorure à la détrempe en état remarquable sous une couche de crasse ancienne qui l’étouffait. L’objet avait une valeur bien supérieure à ce que ses propriétaires imaginaient.

C’est l’une des raisons pour lesquelles le département dorures du C2RMF insiste sur la nécessité d’un diagnostic préalable systématique : un nettoyage trop agressif ou mal ciblé peut effacer en quelques minutes ce que des siècles ont préservé.

Si vous avez un objet doré dont l’état vous préoccupe, la première étape est un diagnostic, pas une intervention. Je propose des consultations sur photographies ou par visioconférence, sans engagement, depuis mon atelier en Touraine, pour les particuliers comme pour les professionnels partout en France. C’est souvent en quelques échanges que l’on peut évaluer la situation et décider ensemble de la marche à suivre. Vous pouvez prendre rendez-vous directement en ligne ou me contacter par email.

Adrienne Brunet

Depuis toute petite, j'ai toujours eu besoin d'avoir les mains dans quelque chose : réparer, transformer, embellir. La dorure à la feuille d'or est arrivée comme une évidence, un métier de patience et de précision où le moindre souffle peut tout changer. Aujourd'hui, depuis ma Touraine, je restaure, je réhabilite, je crée, avec un vrai regard décoratif et l'exigence que je me suis toujours imposée. Bienvenue chez A-Dore !